Trumpistan : la rEsistance

 

Suite à l’investiture de Donald Trump comme président des États-Unis, des manifestations de plusieurs centaines de milliers de personnes éclatent dans les rues, d’une ampleur inédite depuis la guerre du Vietnam et le mouvement des droits civiques. L’opposition à Trump se rassemble et prend position. Il y a peu de marge de manœuvre au sein du gouvernement, les pouvoirs exécutif et législatif étant sous contrôle Républicain. La résistance est dans la rue.

 

Le regard de John Trotter, photographe

 

Personne ne pensait que Trump avait une chance ; nous avions tout faux.

 

« Ainsi, notre nation – et dans une certaine mesure, le monde – est entré dans le Trump Show, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, et ce pour quatre ans. Comment notre réalité sociale et politique depuis plus de deux siècles sera-t-elle représentée ? Les rênes des institutions gouvernementales construites démocratiquement sont aux mains de personnes nommées par Trump, dont l’existence est diamétralement opposée à la réalité. 

Presque tout ce qui a été construit pour les gens ordinaires est en danger.

Face à cela, l’opposition à Trump se rassemble et prend position. Les rues sont le seul endroit où résister, où faire entendre son mécontentement ; ces manifestations et rassemblements sont les plus importantes aux États-Unis depuis des décennies.

C’est cette collection de visages anxieux et déterminés dans la foule, d’individus qui cherchent à faire bloc avec leurs concitoyens, aspirent à construire un mouvement solide pour résister à la marche de leur pays vers l’autoritarisme. Ce reportage constitue un sorte de document historique. »

 

#TravelBan #MuslimBan

 

 

En janvier 2017, des rassemblements spontanés s’élèvent contre les décrets présidentiels sur l’immigration qui suspendent l’entrée aux Etats-Unis de ressortissants de certains pays musulmans et l’admission de réfugiés en provenance de pays en guerre. À New-York, notamment ici au Battery Park le 29 janvier, plus d’un millier de personnes sont descendues dans la rue.

Après des jours de mobilisations nationales et de pressions internationales, le décret a finalement été bloqué en février tout comme la deuxième mouture du texte en mars. Selon les magistrats, ces interdictions violent la constitution et la loi fédérale.

En juin, le décret a été partiellement remis en vigueur par la Cour suprême en attendant que le dossier soit examiné en audience en octobre prochain.

 

#ProtectOurCare #SaveMyCare

 

Le Président Trump et des Républicains du Congrès souhaitent abroger et remplacer la loi « Affordable Care », aussi surnommée “Obamacare”. La loi de substitution comprend des allègements fiscaux pour les Américains les plus aisés, réduisant drastiquement les finances du programme « Medicaid » qui fournit des soins médicaux aux plus défavorisés, parmi lesquels 30 millions d’enfants.

 Le nouveau projet de réforme du système de santé américain priverait de couverture maladie 14 millions de personnes supplémentaires dès 2018 et 23 millions en 2026. Et ce alors qu’Obamacare a permis de réduire le nombre de personnes sans couverture maladie aux Etats-Unis à son plus bas niveau historique.

Cette réforme a entrainé de larges mobilisations en faveur de soins de santé pour tous, notamment ici,  à New York, lors de l’action «24 hour vigil » où un « die-in » illustre le danger inhérent à l’abrogation de cette loi.

 

#MarchForTruth

 

 

Plusieurs milliers d’Américains se sont rassemblés entre mars et juin 2017 dans plusieurs villes des Etats-Unis pour réclamer la vérité sur les ingérences russes pendant l’élection présidentielle américaine.

Ainsi, à Manhattan, le 6 mars, ces manifestants demandent la mise en place d’une «commission indépendante et transparente» pour enquêter sur une éventuelle collusion entre des responsables russes et l’entourage de Donald Trump.

 




 

Le photographe

 

John Trotter a travaillé comme photojournaliste pour la presse écrite pendant quatorze ans, écrivant des articles, pour la presse locale et internationale. En 1997, lors d’une prise de vues à Sacramento, en Californie, il est agressé par un gang. Violemment battu, il est laissé pour mort sur le trottoir. Lors de sa rééducation il doit réapprendre le métier de photographe. Cet acte le contraint à fixer des images en dehors de son cerveau blessé ; ainsi il réapprend à se repérer dans le temps. Issue de cette expérience, son œuvre The Burden of Memory a été largement saluée. John Trotter développe également actuellement un projet sur les modifications conséquentes de la rivière Colorado générées par l’activité humaine.

 




 

Parole d’experts

 

Les manifestations se succèdent depuis l’élection de Donald Trump. Leur ampleur est-elle inédite ? Que signifient-elles ? Et cet élan citoyen peut-il se pérenniser politiquement ?

Par Thomas Snégaroff, historien et journaliste, spécialiste des Etats-Unis @thomassnegaroff  ).

 

 

 

Make America Great Again #MAGA

 

Le point de vue de Noam Chomsky :

 

Le rêve américain, qui se fonde sur une promesse de mobilité sociale et un certain volontarisme des élites politiques et économiques, est bel et bien mort. (…)

 

 

L’histoire des Etats-Unis est faite d’une alternance d’ères de régression et de progrès. Les années 60, par exemple, sont (…) une «période civilisatrice» majeure – droits civiques, droits des femmes -, à la hauteur de la «puissance de la réaction» qui en a résulté, dès la décennie suivante. Et qui a mis en place l’architecture des inégalités telles qu’on la connaît aujourd’hui.(…)

 

La lecture de ce dernier opus du penseur américain est, on s’en doute, particulièrement percutante dans l’Amérique de Donald Trump. (…) «La concentration de la richesse aboutit à la concentration du pouvoir, d’autant plus que le coût des élections monte en flèche, ce qui contraint les partis politiques à puiser encore davantage dans les poches des grandes entreprises. Ce pouvoir politique se traduit en législation qui accroît la concentration de la richesse.»(…)

Le tableau que dessine Noam Chomsky des Etats-Unis d’aujourd’hui, par petites touches pointillistes, est bien sombre. Mais, ô combien réaliste et palpable, pour qui vit dans ce pays-Janus, première puissance économique, d’un côté, «pays du tiers-monde», de l’autre, écrit-il.

 

«Le pays se délabre […], les infrastructures se sont effondrées, le système de santé est complètement naufragé, le système éducatif est en train d’être mis en pièces, plus rien ne marche alors que les ressources sont incroyables.» (…)

 

Le pessimisme de Noam Chomsky devant ce pays gouverné par un Parti républicain tout puissant, qui «ne cherche qu’à se précipiter le plus rapidement possible vers la destruction de la vie humaine organisée»(catastrophes environnementales, changement climatique, marginalisation des minorités…), est immense. Face à ce sinistre constat, le vieux sage engagé n’a qu’une réponse : la mobilisation populaire, seule à même de réguler les institutions, voire d’interroger leur existence. Il assène, et le pronom personnel est en italique : «La seule contre-force, c’est vous

 

Extraits de l’article d’Isabelle Hanne dans Libération, sur le livre «Requiem pour le rêve américain » de Noam Chomsky (Ed. Flammarion, 2017).