MyPhotoreporter

Le fonds de dotation Photoreporter en Baie de Saint-Brieuc collecte des fonds de mécènes privés (PME et entreprises de plus de 500 salariés) afin de financer la production de photoreportages sur des sujets dont on ne parle peu ou pas. Partant du constat révélant que les photoreporters ne parviennent plus à financer leurs propres sujets (pourtant à haute valeur ajoutée en termes d’informations aux citoyens) auprès des magazines et de la presse traditionnelle, le fonds de dotation réfléchit à de nouvelles sources de financement.

Même si le mécénat est une solution à la production, il n’en demeure pas moins qu’il n’est pas responsable de ne se contenter que de ce modèle. Ainsi, le fonds de dotation Photoreporter lance sa plateforme collaborative « MY PHOTOREPORTER ».

Souhaitant réellement impliqué les citoyens et les inciter à devenir Acteurs-Producteurs d’informations, le fonds de dotation a créé une plateforme de crowd-investing. Le contributeur peut se voir attribuer le double de sa mise de départ si le photoreporter vend son sujet à des titres de presse.

Phase de vote : du 5 Octobre au 18 Octobre 2015

Phase de collecte : du 19 Octobre au 22 Novembre 2015

 

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« Migration : Paris- Manille, les nounous à tout prix. »

 

Elles se font discrètes mais sont bien là, dans les quartiers chics de Paris. Derrière les poussettes, non loin des toboggans des airs de jeu. Elles tiennent compagnie aux personnes âgées solitaires. Ou bien, elles nettoient les appartements. Nounous, femmes de ménage, employés domestiques à bas prix… Elles seraient 50000 travailleuses domestiques philippines en France, la moitié irrégulière. Que se cache derrière leur discrétion ?

Ce reportage entre les Philippines et la France, raconte l’histoire de femmes qui ont quitté mari et enfants pour subvenir à leurs besoins.

Gemma, 35 ans, en fait partie. Soutien de famille, elle a quitté son fils unique pour lui offrir « une vie meilleure ». Installée depuis 5 ans à Paris, elle gagne sa vie comme femme de ménage. Airbnb lui a apporté de nouvelles opportunités de travail car elle est régulièrement employée par des propriétaires d’appartements entre chaque location. Mais elle reste non déclarée : pas de cotisations sociales, pas de droit. Heureusement, grâce à internet, elle reste en contact avec ses proches. Lorsqu’elle travaille, elle allume skype sur sa tablette pour surveiller les devoirs de son fils.

Aux Philippines, j’aimerais partir dans son village natal surnommé aujourd’hui « le Parisian village ». Le fils de Gemma et son mari vivent dans une maison qui détonne pour le pays, où le salaire moyen est de 200 euros mensuel. Les habitations du « village parisien » ont toutes été construites grâce aux salaires des femmes installées en France. Comment Gemma est–‐ elle perçue par ses proches ainsi que par la communauté ? Comment l’absence de la mère est–‐elle comblée ? Quel niveau de vie ont–‐ils maintenant ?

Gemma est pratiquante, elle se rend toutes les semaines à l’église pour célébrer la messe avec d’autres philippines de Paris. C’est grâce à cette solidarité qu’elle a rencontré Aida Sierra, la Philippine avec qui elle partage son appartement. Plus âgée, elle est arrivée en France il y a 10 ans pour travailler comme nourrice. Elle garde précieusement la photo du garçon français qu’elle a gardé et vu grandir, comme un enfant adoptif.

Les Philippines connaissent un des taux de migration économique les plus élevés au monde. Un Philippin sur dix vit en dehors du pays. Les fonds qu’ils rapportent aux Philippines représentent 10 % du PIB. Ce sont des agences de placements qui s’occupent de trouver des visas aux futurs migrants. Gemma a payé 2000 $ pour obtenir un visa d’étudiante.

Je souhaite raconter l’histoire de ces femmes exilées en France puis partir à la rencontre de leurs proches restés aux Philippines. Plus généralement, j’aimerais montrer le décalage entre leur quotidien en France et celui de leurs familles restées au pays.

 

JobardOlivier Jobard

Olivier Jobard est né en 1970. Il intègre en 1990 l’école Louis Lumière qui lui propose d’effectuer son stage de fin d’études à l’agence Sipa Press. En 1992, il rejoint l’équipe des photographes de Sipa qu’il quitte en 2011. Il couvre de nombreux conflits dans le monde : Croatie, Bosnie, Tchétchénie, Afghanistan, Soudan, Sierra Leone, Liberia, Côte d’Ivoire, Colombie, Irak… En 2000, il se rend à Sangatte. Son approche photographique change alors, il se consacre principalement à un travail au long cours sur les problématiques d’immigration, en Europe et dans le monde. Suite à sa rencontre avec Kingsley au Cameroun en 2004, il le suit tout au long de son périple de l’Afrique vers la France. Puis pendant deux années, Olivier Jobard concentre son travail sur la « forteresse Europe » : de l’Ukraine à la Pologne, de la Turquie à la Grèce, de la Syrie à l’île de Lampedusa, il se documente sur les nombreuses routes migratoires clandestines qui mènent aux frontières européennes. Après avoir témoigné des expériences d’immigration, c’est aujourd’hui l’intégration des immigrés dans leur pays d’accueil qui est au centre de son travail photographique